Crise économique
04-03-2010

“La pire crise économique du capitalisme depuis les années 30”

     En décembre dernier s’est tenu le Comité Exécutif International (CEI) du CIO, l’internationale dont font partie les militants en France de la Gauche révolutionnaire. Cette instance est élue par le congrès mondial du Comité pour une Internationale Ouvrière, le prochain aura lieu en décembre 2010. Pour construire le CIO comme un parti international, cette réunion est cruciale. Elle n’est pas la seule rencontre de militants et dirigeants des différentes sections du CIO, il y a par exemple les écoles d’été européenne et latino-américaine.

     Le CEI permet d’élaborer une analyse commune approfondie, de développer la discussion sur le programme et les revendications en partant de la situation concrète, et d’affiner l’étude des questions qui se posent dans différents pays. Au contraire d’autres internationales, le CIO se construit non pas comme une fédération de différentes sections nationales mais avant tout comme une internationale qui défend, tout en l’adaptant, le même programme dans les pays respectifs. Cela veut dire que les discussions sur la tactique et la stratégie propre à chaque pays concerne et intéresse l’ensemble des membres du CIO.

Analyser la situation économique internationale

     Comme trotskystes, nous savons que c’est en partant avant tout de l’analyse de la situation mondiale et du niveau de conscience des masses que la discussion doit commencer. Aucune lutte, si locale soit elle, n’est indépendante des changements intervenant dans l’économie mondiale et leurs conséquences sur les rapports de force entre les différentes bourgeoisie d’une part, et d’autre part entre la classe ouvrière et ces mêmes bourgeoisie. La crise mondiale du capitalisme est venue rappeler cette réalité.

     Nous avions anticipé depuis plusieurs années que l’accumulation de nombreuses bulles spéculatives combinées au maintien d’un état de surproduction de marchandises conduirait tôt ou tard à l’éclatement d’une crise majeure, bien plus profonde que les crises qui éclatent régulièrement depuis les années 70. C’est ce qui a commencé à se produire aux USA dans l’année 2007 avec la crise des «crédits immobiliers à risque» (subprime), et dont nous avons rapidement anticipé qu’elle risquait de s’étendre à tout le système financier et de là déboucher sur l’économie «réelle». Ceci s’est confirmé à l’automne 2008, et le monde est entré dans la plus grave crise économique depuis les années 30. Des pays se sont retrouvés au bord de la faillite et la plupart des pays capitalistes avancés sont entrés en récession. Les gouvernements ont alors dégagé des plans de sauvetage de centaines de milliards d’euros. Pour sauver leur système, ils ont trouvé ces milliards qu’ils disaient ne pas avoir pour les salaires ou les services publics. Ce n’est pas moins de 14 000 milliards de dollars, 30% du PIB mondial, qui ont été ainsi injectés. Cela n’empêche pas que la crise sociale continue de s’étendre avec un chômage massif et toujours croissant, que des pays sont au bord de l’effondrement (Irlande, Hongrie, Ukraine…), et que les plans de relance vont, selon certains spécialistes, être financés par 10 années de mesures d’austérité particulièrement sévères contre les travailleurs sauf si ceux-ci ripostent et entrent massivement en lutte.

     Plus que tout, cette crise a montré et va le faire plus encore dans les années qui viennent, le caractère complètement chaotique du capitalisme et son incapacité à réellement régler les problème de l’humanité : misère, chômage, crise de l’environnement… L’éclatement de la crise et l’incapacité des capitalistes de la régler autrement que par des nouvelles mesures financières qui à terme vont créer de nouvelles bulles spéculatives renforce l’idée que seule une économie socialiste, planifiée démocratiquement peut régler les problèmes de l’humanité.

Situation explosive dans certains pays

     Toute une partie du CEI a été consacrée à l’étude de certains pays ou de certaines régions. La situation au Venezuela, où le pouvoir de Chavez se bureaucratise à grande vitesse alors que les exigences des travailleurs ne sont pas satisfaites montre les dangers d’une politique qui se contente de réformes sociales décidées d’en haut. La situation en Asie et dans le sous continent indien combine les effets de la crise avec le durcissement de nombreux pouvoirs locaux. La situation extrêmement dure avec la victoire du gouvernement Sri Lankais dans sa guerre contre les tigres tamouls et les terribles mesures répressives que cela lui a permis de mettre en place en est une bonne illustration. Et la situation est aussi tendue au Pakistan.

     Une partie de la discussion a aussi eu pour objet la situation en Europe, avec l’apparition de nouveaux partis qui pourraient être un outil pour les travailleurs dans la situation actuelle mais qui tous se refusent à faire du socialisme l’axe central de leur programme. Néanmoins, l’existence de lutte massive, comme en Irlande, le renouveau de luttes industrielles fortes comme en Grande Bretagne, peuvent annoncer une année 2010 où les luttes des classes domineront la situation.

Programme de transition : du capitalisme au socialisme

Dans cette situation, une discussion très importante est celle liée au programme et aux revendications. Si la crise a permis d’accroître le rejet de nombreux gouvernement de même que les premiers pas d’un rejet du capitalisme, ça ne débouche pas automatiquement sur une conscience clairement socialiste révolutionnaire. La «méthode de transition», modernisée au sein du programme du même nom écrit par Trotsky dans les années 30, quand la crise faisait des ravages, est plus que jamais d’actualité. Comment, dans la situation concrète actuelle, formuler des slogans et des revendications qui tracent clairement la voie vers le socialisme tout en partant des luttes et des problèmes actuels. Ceci est particulièrement crucial quand on pense aux fermetures d’usine du fait de l’effondrement de la demande. La formulation d’une nationalisation sous le contrôle des travailleurs qui permettrait ainsi de réorganiser la production pour satisfaire les besoins sociaux, doit pouvoir être développée tout en s’adaptant à chaque secteur de l’économie.

Croissance du CIO

L’année 2009 aura été pour la plupart des sections du CIO une année de croissance en effectifs et en influence. Le siège de député européen gagné par Joe Higgins en Irlande en est l’expression. Au Brésil, c’est la fusion réussie entre notre section, Socialismo revolucionario, et le Coletivo Liberdade Socialista, qui a donné naissance à Liberdade, Socialismo e Revoluçao (LSR). Nous sommes désormais présents dans 9 Etats du Brésil. Enfin, deux nouvelles sections ont été admise comme sympathisante en l’attente du congrès : Quebec et Argentine.

La période qui vient va être dominée par les suites de la crise et les conséquences des « plans de relance ». C’est fort de ces analyses, et en continuant à les discuter et à les approfondir, en les confrontant à la situation réelle de la lutte des classes, en construisant les luttes de la jeunesse et des travailleurs, que les sections du CIO continueront leur travail de construction d’un authentique parti socialiste révolutionnaire international.

Alex Rouillard

L'Egalité n°141; janvier-février 2010

Dernière mise à jour : ( 04-03-2010 )