Combattre les mesures racistes de Sarkozy-Besson Avec l’accroissement des inégalités, du chômage, et en l’absence d’organisation de masse permettant de construire l’unité de la classe ouvrière face à la classe dominante, des idées racistes peuvent trouver un terrain et jouer leur rôle de division, voire de pousser à l’affrontement, au seul bénéfice des gouvernements et des patrons. C’est cette carte que joue Sarko depuis plusieurs années et qu’il a réactivé en trouvant dans Besson un collaborateur servile. Besson s’est donc fait le champion de l’organisation du débat officiel sur «l’identité nationale».
En pleine montée du chômage due à la crise, aux plans de licenciements massifs, à la destruction des emplois dans les services publics, un tel débat vise non seulement à détourner l’attention, mais également à classer les habitants de France en bon et mauvais français. On ne s’y trompe plus quand on entend une autre ministre, N Morano, exiger du «jeune musulman», «qu’il ne parle pas le verlan». On passera sur l’inculture de Morano car le verlan, l’inversion des syllabes, est une pratique culturelle très ancienne, dans de nombreux milieux populaires et même littéraires, autrement dit, un élément de l’identité culturelle française, mais pas celle des riches évidemment…Une initiative raciste avec plusieurs objectifsEn fait, Besson suit en cela un objectif qui consiste à dire regardez par là alors que l’essentiel se passe ailleurs. Quelle leçon de morale peut bien nous donner un pareil renégat, qui comme d’autres amis à lui du PS, ont changé sans problème leur étiquette politique pour aller à la soupe et avoir un poste ministériel ? Quelle leçons peuvent bien nous donner ceux dont les amis sont richissimes, écrasent et surexploitent les travailleurs, les licencient quand il faut augmenter les bénéfices ? En faisant croire qu’il existerait une communauté nationale partageant la même «identité», le but est bien évidemment de faire croire qu’on est sur le même bateau alors qu’en fait certains sont dans des cabines de luxe tandis que d’autres triment dans des conditions pénibles. Si nous partageons une même langue (et même pas un même langage), nous n’avons pas d’intérêts communs avec le patronat, les banquiers ou les grands actionnaires, fussent-ils français. Notre identité, c’est tout ce que détestent Sarkozy et ses amis : Mai 68, la Commune de Paris, les luttes et l’aspiration à l’égalité entre tous et toutes.Mais l’objectif de Besson-Sarko ne s’arrête pas là. En créant la division, ils veulent créer le rejet des deux côtés, susciter aussi le racisme dans une partie de la population issue de l’immigration, ce qui peut avoir un impact dans une partie de la jeunesse déclassée du fait notamment de la très faible réaction des principales organisations du mouvement ouvrier et antiraciste. D’ailleurs, ce débat est aussi là pour piéger une partie de la «gauche» qui ne veut pas avoir l’air moins «française» que la droite aux yeux de la bourgeoisie. C’est d’ailleurs ce chemin qu’ont suivi des membres du PCF comme André Gérin, député maire de Vénissieux, et initiateur d’une campagne complètement hors de proportion sur la Burqa mais bien utile pour développer l’islamophobie et continuer dans la division.Fausse laïcitéLa liberté de conscience (et donc de culte) semblait un acquis démocratique. Même si les religions sont souvent des instruments aux mains des classes dirigeantes pour faire accepter leur oppression aux opprimés, cette responsabilité n’en revient pas à un individu qui serait croyant. Et si cette liberté s’affiche de manière vestimentaire sur un individu et si cela ne lui est pas imposé et qu’il (ou elle) ne souhaite pas l’imposer à d’autres, c’est sa liberté individuelle. En tous cas, c’est ce que voudrait la tolérance la plus élémentaire, celle que nous, socialistes révolutionnaires, nous défendons. Par exemple, indépendamment de ce que peut parfois représenter d’oppressif le Hidjab que portent certaines musulmanes (il n’est pas obligatoire dans l’Islam et peut être porté pour de multiples raisons), c’est aux femmes qui en sont vêtues que revient la décision de le porter ou pas. L’oppression des femmes, et notamment des femmes travailleuses et/ou issues de l’immigration peut être double voire triple. C’est en supprimant les racines de cette oppression, la société de classe, et en particulier le capitalisme, qui soit les cantonne aux tâches ménagères, soit les oblige à une double journée de travail, que l’émancipation des femmes sera réelle. Mais on n’émancipe pas les gens par la force. Toute une partie de la gauche et de l’extrême gauche a soutenu la loi d’interdiction du foulard à l’école lancée par Chirac en 2003 qui visait à exclure de l’école publique ou à les obliger à se soumettre, les quelques lycéennes qui portent le voile. Cette loi, et la campagne raciste qui l’a accompagnée, n’a eu comme conséquence que de donner encore plus d’arguments pour les intégristes pour des écoles religieuses privées. Le débat autour d’elle a déclenché des réflexes d’intolérance antireligieuse primaire au nom soi disant de la laïcité. Elle a du coup créé un réflexe de repli dans une partie de la communauté musulmane, qui subissait déjà la propagande islamophobe qui traversait les pays capitalistes dominants suite aux attentats du 11 septembre 2001. Là encore, l’objectif était de diviser, de faire se tromper de cible, et de pousser une partie de la «gauche» sur le terrain nationaliste, même sous couvert de laïcité.Sur la Burqa, c’est encore plus évident. Seules quelques centaines de femmes la portent mais c’est une occasion de plus de faire tourner le débat sur des critères racistes. Et la Burqa n’est absolument pas un vêtement musulman mais un archaïsme venu de régions comme l’Afghanistan, témoin du caractère féodal de cette société. Les autorités françaises ne disent rien sur leur ami Hamid Karzaï, «président» de l’Afghanistan, quand celui-ci signe des lois comme, il y a peu, celle réintroduisant l’obligation de consentement du mari pour aller chercher du travail, sortir dans la rue etc. Bien sûr, la Burqa n’est pas un vêtement anodin, il symbolise une véritable prison car, en Afghanistan, elle est obligatoire pour les femmes qui n'ont pas le droit de se déplacer sans en être vétues. Mais une loi l’interdisant ne changerait absolument rien à la situation de ces femmes qui pour la plupart se retrouveraient dans l’interdiction de sortir de chez elles sans plus aucun contact avec la société.Nous sommes pour une société de tolérance, contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Il y a assez de richesses pour donner une vie décente à chacun d’entre nous. Il faut arracher celles-ci des mains de la poignée de parasites qui tirent leurs profits de notre travail, et organiser l’économie nous même. Pour cela il faut l’unité des travailleurs et des jeunes, quelque soit leur origine et leur culture, face aux capitalistes, pour construire une société réellement démocratique et tolérante, une société socialiste.Alexandre RouillardL'Egalité n°141, janvier-février 2010 |