Grèves de 1947 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
20-10-2007

  Il y a 60 ans: les grèves de 1947

    Au lendemain de l'occupation allemande, la France se réveille ravagée par la guerre. Afin de pouvoir faire face à tout risque d'insurrection de Gaulle décide l'intégration de ministres du PCF dans le gouvernement. A cette époque, le PCF est le parti de masse des ouvriers. Bien que les dirigeants de ce parti ainsi que ceux de l'URSS jouent un rôle contre révolutionnaire, la base est sincère et ne désire qu'une chose, le socialisme. 

Mais peu à peu la situation économique s'aggrave, les prix flambent, chaque mois il y a une inflation moyenne de 10%. Cependant les salaires n'évoluent pas. Les travailleurs commencent à faire connaître leur mécontentement. Il y a un début d'agitation, au sein de la classe ouvrière, que les directions des syndicats condamnent aussitôt.  Dès 1945 Thorez, ministre du PCF, appelle les ouvriers à participer "avec enthousiasme à la production" et dénonce la grève comme "l'arme des trusts". Mais le mécontentement est grandissant chez les travailleurs. Les ministres du PCF tentent de réagir et obtiennent du gouvernement la possibilité pour les ouvriers d'augmenter leurs salaires "en crevant les plafonds de production". Mais pour les travailleurs cette décision est un recul, ils avaient obtenu en 1936 que les salaires liés à la production ne puissent dépasser un certain plafond afin de limiter l'exploitation capitaliste.

Face à la politique du PCF, qui agit aux ordres de Staline et à celle de la CGT, où la direction se soucie plus des privilèges offerts par le patronat, que de l'ouvrier, différents courants d'opposition se développent. Sur l'initiative d'un ouvrier trotskiste, un petit groupe révolutionnaire est créé dans les départements 6 et 18 de l'usine Renault Billancourt. Le 13 février 1945, ils publient un bulletin intitulé "La voix des travailleurs de chez Renault", réunissant une dizaine d'ouvriers de courants divers qui s'affrontent. Ils se mettent d'accord sur deux objectifs : une augmentation de salaire de 10 francs et une agitation pour la grève.

Des grèves éclatent dans différents secteurs mais elles n'obtiennent quasiment jamais satisfaction à cause d'un sabotage systématique des dirigeants des organisations syndicales et d'un manque de coordination.

Le 17 avril 1947 les ouvriers qui font paraître "la voix des travailleurs de chez Renault" organisent un meeting. Un orateur fait un discours, dans lequel il rappelle leur revendication principale "10 francs de plus sur le taux de base" puis explique que la seule façon d'obtenir satisfaction c'est de faire grève mais que la CGT y est formellement opposée il faudra donc la faire "sans eux, voire contre eux". L'orateur termine son discours en proposant la création d'un comité de grève et demande des volontaires, de nombreuses mains se lèvent. Le comité de grève se rend à la direction du département sitôt le meeting terminé et lui donne 48 heures pour satisfaire les revendications. Sans nouvelle de la direction, il décide d'organiser un second meeting. Un orateur explique aux ouvriers que leur revendication n'a pas abouti, un vote est organisé afin de décider de la suite des évènements et la majorité des travailleurs votent pour la grève. Ensuite un représentant syndical est invité à s'exprimer, il se prononce contre la grève, ce qui n'est une surprise pour personne. Puis on procède de nouveau à un vote mais cette fois seulement 8 ouvriers sont contre la grève.

Le vendredi 25 avril 1947, la grève est déclenchée aux départements 6 et 18 de l'usine Renault. Un tract est distribué, des piquets sont mis en place et l'électricité est coupée. Dès lundi matin les grévistes se répandent dans les ateliers pour appeler au meeting qui est prévu à 12h30. Le lundi soir 10 000 ouvriers sont en grève. Le lendemain on dénombre 12 000 grévistes.

Face au succès de la grève la GGT tente de reprendre les choses en main. Elle organise un débrayage de 11h à 12h mais la situation lui échappe, les ouvriers qui cessent le travail à 11h refusent de le reprendre. L'usine est alors totalement en grève.

Le 5 mai les ministres communistes sont exclus du gouvernement. Le vendredi 9 mai la CGT annonce que la direction a accordé une augmentation de 3 francs de l'heure sur la prise de production et appelle les ouvriers à reprendre le travail. Seuls les départements 6 et 18 restent en grève et demandent le paiement des heures de grève et les 10 francs. L'entreprise est paralysée. Le vendredi 16 mai la direction se voit dans l'obligation de donner satisfaction à la revendication du paiement des heures de grève. Ainsi lundi 19 mai les grévistes reprennent le travail.
Vague de grève suite à la victoire

A peine les travailleurs de Renault reprennent-ils le chemin des ateliers que les grèves se multiplient partout en France. Elles touchent la métallurgie, le bâtiment, le textile, les mines… Elles s'étendent même à la SNCF le 2 juin et la grève est totale le 7 juin.

En novembre Renault explose à nouveau, sous la pression, cette fois, de la CGT et du PCF. De nombreuses grèves éclatent et sont réprimées dans la violence. En décembre voyant que le mouvement s'estompe et que leurs revendications ne seront pas satisfaites certains grévistes désespérés par la situation se lancent dans des actions terroristes. Le mardi 9 décembre, alors que l'on comptait plus de 3 millions de grévistes, le syndicat et le parti "des ouvriers", décident de mettre fin à la grève.

La politique menée par le PCF, permet de prendre conscience de l'influence du stalinisme dans les différents partis "communistes" pas seulement en France mais dans tous ceux membres de la 3ème Internationale. Au début des années 40, Staline joue la carte de la coexistence avec l'impérialisme. C'est dans cet état d'esprit que le PCF entre dans le gouvernement. Mais peu à peu, les rapports internationaux changent ainsi que la politique de l'URSS. C'est le début de la guerre froide. Dans ce contexte, le PCF est exclu du gouvernement d'union nationale de De Gaulle et décide de prendre la tête, avec la CGT, des grèves ouvrières. Il ne faut cependant pas se méprendre sur les raisons qui l'ont poussé à entrer dans la lutte. Face à la pression des travailleurs, le parti communiste était obligé de prendre position, les ordres de Staline étaient de canaliser la grève afin qu'elle ne puisse se transformer en une révolution. Ce que le PCF fit brillamment.

Les leçons pour aujourd’hui

En 1947, la situation était explosive, potentiellement pré-révolutionnaire. Des comités de grève, des affrontements violents entre les grévistes et l'armée, ou la garde mobile, se sont succédés jusqu'au début de l'année 48 notamment dans les mines. Les militants de base de la CGT et du PCF n'étaient pas les derniers mais la direction de ces organisations ne voulait absolument pas contrevenir aux ordres de Staline qui dictait de ne pas prendre le pouvoir en Europe de l'Ouest. Il manquait un parti révolutionnaire doté d'une véritable stratégie pour que la classe ouvrière prenne le pouvoir. Si la grève a créé de premiers organes de lutte, cela n'a pas été jusqu'à l'instauration de véritables conseils ouvriers administrant les choses en remplaçant l'Etat bourgeois, et qui auraient servi de première base pour renverser le capitalisme et instaurer une société socialiste.
Le fait que les éléments de l'avant-garde des travailleurs, tel que ce petit groupe qui s'organise à Renault, refusent de mener à l'intérieur de la CGT, qui était le syndicat de masse, une lutte pour un changement d'orientation politique a laissé les membres de base sans véritable opposition interne face à la bureaucratie stalinienne.
Ces luttes montrent la nécessité d'un parti de masse qui est toujours nécessaire. C'est dans cette optique que depuis de nombreuses années, la Gauche révolutionnaire se bat pour la création d'un nouveau parti révolutionnaire de masse seul capable d'amener les travailleurs au renversement du capitalisme et à la révolution socialiste.


Cassandra Desanneaux

L'Egalité n°127, Septembre-Octobre 2007

Dernière mise à jour : ( 30-03-2008 )
 
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