Nouveau candidat : nouvelle politique ? La dernière conférence nationale du NPA a décidé de qui serait son candidat pour l'élection présidentielle de 2012. Ce sera donc Philipe Poutou, un ouvrier de l'automobile (Ford Blanquefort, près de Bordeaux). Ceci représente une bonne nouvelle, car c'est une possibilité pour le NPA de renouer avec un profil plus en lien avec les luttes des travailleurs. Cependant, cette désignation s'est passée dans un tel climat de crise, qu'il est difficile de dire si cela sera suffisant pour que le parti en sorte grâce à cette campagne.
Par Virginie PrégnyL'Egalité n°150 (juillet-août 2011)
Le NPA est dans une période particulièrement délicate. L’euphorie des premiers mois est bien loin. Lors de l’appel, popularisé par Olivier Besancenot, à fonder un Nouveau Parti Anticapitaliste, des milliers de personnes se sont intéressées au processus. Nous même, la Gauche révolutionnaire, avons essayé d’aider à cela. Notre proposition a toujours été d’essayer de fonder un parti large, de faire du NPA un pas vers un nouveau parti des travailleurs pour lutter contre Sarkozy et le capitalisme. C’est ainsi que nous avons fait nos propositions, ou exprimé nos doutes, puis participé à la fondation de ce qui allait devenir la position 2 pour le congrès de février 2010. Alors que la crise du capitalisme, la plus importante depuis 1929, continue de dominer la situation, entraînant d’importants mouvements de masses, des grèves et même des révolutions, les principaux débats qui ont dominé le NPA ont toujours tourné autour de la tactique dans les élections. Alors que ce système est dans une impasse, que chaque catastrophe affectant la nature ou notre environnement montre qu’il a fait largement son temps, que des institutions comme l’Union européenne sont en crise, nous n’en débattons quasiment pas. C’est un gâchis, car des milliers de jeunes et de travailleurs sont aujourd’hui révoltés par l’injustice profonde de ce système, mais n’ont pas d’outil politique pour transformer cette révolte en lutte permettant d’avancer vers une société alternative au capitalisme. Un NPA en crise Le vote majoritaire de la Conférence Nationale sur les présidentielles, ne l'est que d'une courte tête (53%) il y a tout de même 40% des délégués qui se sont prononcés en faveur d'une politique qui vise à des alliances avec ce qu'ils appellent la «gauche radicale» (comprendre, principalement le Front de Gauche ). Ces camarades ont décidé de se constituer en une fraction publique, qui envisage d'entretenir des «relations [...] avec d’autres forces politiques, sociales et écologistes en France et dans d’autres pays». Cette décision ne pourra qu'affaiblir encore plus le parti. La décision d’Olivier Besancenot peut être compréhensible car elle est le produit du mauvais fonctionnement de la direction du NPA depuis sa fondation mais elle place le parti dans une situation très difficile. Sa décision ne nous a pas étonné, même si nous sommes en désaccord (quittons nous une grève au milieu ?). Cette décision n’endommage pas seulement le NPA. C’est toute une partie des travailleurs et des jeunes qui est privée d’un porte parole. Les travailleurs ne sont pas contre que quelqu’un s’engage à fond en politique, c'est justement l'engagement d'Olivier aux côtés des travailleurs et de leurs luttes qui l'a rendu si populaire, mais ce n’est certes pas à lui de porter l’ensemble des conséquences de la situation du NPA. Avec l'inculpation de DSK, le PS va pouvoir jouer une carte «plus à gauche» (en tout cas un discours qui se voudra plus social) avec la candidature de Martine Aubry ou de François Hollande. Et vu le ras-le bol de la politique de la droite, ils ont des chances de l'emporter et d'enchaîner avec une majorité à l'assemblée. Le Front de gauche présente un programme de gestion du capitalisme (calqué sur celui de Mitterand en 1980-81) avec des accents radicaux pouvant convaincre des travailleurs de la possibilité de faire pression sur le PS dans un gouvernement de type «gauche plurielle bis». Pendant ce temps, avec Marine Le Pen, le FN aborde des questions plus sociales et est très bruyant sur la corruption des directions syndicales et sur celle des politiciens. Ce sera évidemment un ennemi important mais nous devons le combattre en redoublant de dénonciations contre les riches, les capitalistes, en défense des travailleurs, des jeunes et des «gens modestes». C'est aussi avec une intervention prioritaire et coordonnée dans les entreprises et les luttes que nous devons le combattre. Au vu de la situation politique et sociale il est donc problématique que le NPA se retrouve à nouveau divisé par une question électorale, à croire que les leçons de l'échec des régionales n'ont pas été tirées. Et le pire est aussi la manière, car les divisions du NPA se font dans une ambiance détestable, menaçant même l’avenir du parti. 3000 participants à la consultation nationale, avec peu d’AG discutant de la situation politique et de notre intervention dans celle-ci, cela doit interroger : le NPA n’est-il pas en train de se transformer en échec ? On ne réglera pas la crise du parti en reportant tout sur une campagne électorale, fut-elle excellente Le principal problème à l'issue de la conférence nationale est que une fois de plus les débats centraux du parti sont tournés vers les élections. Le parti n'est donc pas prêt à faire face aux soubresauts possibles et souhaitables de la lutte des classes dans l'année qui vient. Pourtant, au vu des révolutions au Maghreb et au Moyen Orient, aux luttes dans le sud de l'Europe, il n'est pas exclu que les travailleurs et jeunes en France aussi veuillent exprimer leur ras-le bol (il y a quand même eu presque 800 grèves dans la première moitié de l'année!) La Gauche révolutionnaire a rejoint le NPA en tant que courant pour construire un nouveau parti des travailleurs pour le socialisme. Les bases de l'appel initial laissaient penser qu’il était possible de participer au NPA et de proposer cette orientation au débat, pour que tout le monde milite ensemble, cela nécessitait que soient menées ouvertement et fraternellement les discussions de fond sur le type de parti nécessaire dans la période en même temps que de poser les bases de fonctionnement démocratique pour permettre d'inclure dans l'élaboration politique tous les militants. Nous considérons que beaucoup d'occasions ont été manquées pour aller dans cette voie, et que le potentiel pour redresser la barre se tarit. C’est par une intervention cohérente dans la lutte des classes, au moyen d’un programme défendant clairement le socialisme, en rendant son fonctionnement plus démocratique et moins réservé aux spécialistes de l’affrontement fractionnel, qu’on pourra peut être redresser le NPA. Nous continuerons pour notre part à contribuer à notre mesure à la clarification politique nécessaire pour que le NPA se dote d'un programme à même d'en faire un outils efficace pour les travailleurs, en souhaitant que l’ambiance «champ de bataille» qui règne parfois ne transforme pas le NPA en champ de ruines. |