Journée internationale des femmes le 8 mars et marche mondiale des femmes : Quels enjeux ? Le 8 mars 1908 à New York, des travailleuses du textile font grève pour réclamer la journée de 8 heures, de meilleures conditions de travail et le droit de vote des femmes. L'année suivante, le Socialist Party américain lance un appel pour commémorer cette grève. Cela conduit à plusieurs semaines de luttes pour de meilleurs salaires et conditions de travail. En référence à ces événements Clara Zetkin, (voir encadré), propose, lors de la 2ème Conférence Internationale des Femmes Socialistes en 1910, d'organiser une « journée internationale de manifestation annuelle afin de militer pour le droit de vote, l'égalité entre les sexes et le socialisme ». C'était il y a cent ans ! Cette proposition n'a alors que peu d'écho au sein de la Deuxième Internationale ce qui n'empêche pas en 1911, la tenue de la première Journée Internationale des Femmes avec des manifestations dans plusieurs pays comme l'Allemagne ou les États Unis. Le but est de manifester pour le droit des femmes mais également de faire accepter leurs revendications comme le droit de vote dans les différents partis socialistes qui restent mitigés sur ce point bien qu'ils aient signé une motion lors de la Conférence de la Deuxième Internationale où ils s'engagent à défendre cette revendication.Par Sarah LadamL'Egalité n° 142 (mars-avril 2010)
Le 8 Mars 1917 et la Révolution Russe La Journée des Femmes la plus connue et qui a eu le plus de conséquences est celle du 8 mars 1917 en Russie (25 février pour le calendrier russe d’alors). Pour cette journée, les femmes ouvrières organisent une manifestation en réclamant, entre autre, du pain et la paix. Ce mouvement initie la révolution russe. En effet, deux jours après l'insurrection des femmes, le Tsar ordonne la répression du mouvement entrainant la révolution de Février. C'est ainsi que le gouvernement provisoire succédant au régime Tsariste est le premier à accorder le droit de vote aux femmes. C'est en référence à ces événements que la date du 8 mars s' impose en Europe et aux États-Unis en 1922 à l'appel de l'Internationale Communiste. L'État ouvrier arrivé au pouvoir suite à la révolution d'Octobre œuvre pour le droit des femmes : égalité devant la loi, droit au travail, régimes de travail prenant en compte le rôle des femmes dans la société (congés maternité, diminution du temps de travail, interdiction du travail de nuit...) mais aussi : amélioration des services publics, de l'accès au logement... A ces mesures touchant aux inégalités économiques s'ajoutent des mesures plus fondamentales encore comme le droit à l'avortement ou la possibilité de divorcer plus facilement. En outre, afin de donner la possibilité aux femmes de sortir du foyer et de s'impliquer davantage dans la société ont lieu des campagnes d'alphabétisation et de formation. Cependant, l'isolement de la Russie du à l’échec des révolutions en Europe occidentale et les difficultés économiques internes de ce pays ravagé par la guerre rendent possible la bureaucratisation. Le fonctionnement démocratique de l’économie planifiée est remplacé par la dictature de Staline. En ce qui concerne les femmes, le programme du PC glisse vers la glorification de la maternité et de la famille nucléaire dans laquelle la mère se doit de se préoccuper, en premier lieu, du bien être de la famille. Dans les pays staliniens la Journée Internationale des Femmes devient une fête tournée vers la glorification de la maternité. Bien loin des débuts du 8 mars ! Qu'en est-il aujourd'hui ? Que construire le 8 mars 2010 et après? Dans le reste de l'Europe, le 8 mars est réactivé dans les années 60 par les mouvements féministes se battant pour l'indépendance économique, la libération sexuelle, la rupture avec les normes de répartition des rôles en fonction des sexes... Ces luttes se traduisent dans de nombreux pays par l'obtention d'acquis importants au niveau de l'avortement, du divorce, de la contraception... Malgré tous ces acquis qu'on ne doit qu'à nos luttes, l'oppression des femmes est loin d'être résolue aujourd'hui. A la violence domestique, au harcèlement sexuel, à la réduction de la femme à l'image d'objet sexuel par les capitalistes et à l'utilisation mercantile par ces derniers des acquis des femmes (ainsi, la pilule contraceptive est source de profits), vient s'ajouter, avec la crise, l'aggravation de leurs conditions de vie. Elles sont très touchées par le chômage ou les emplois précaires et sont particulièrement concernées par les attaques sur les services publics puisque, dans les faits, ce sont elles qui en ont le plus besoin : elles sont encore à 80% responsables du travail domestique et des enfants. D'autre part, on assiste à une offensive idéologique véhiculée par les médias bourgeois. On peut citer le matraquage médiatique sur les bienfaits du lait maternel. Le recours à l'IVG est de plus en plus difficile pour les femmes qui le souhaitent. En raison de tout cela, le 8 mars doit être une journée importante cette année. Afin de lutter contre la pauvreté des femmes et d’alléger la double tâche qui pèse sur leurs épaules nous devons réclamer la création d’emplois en nombre suffisant dans les services publics de la santé, l’enseignement, l’accueil des enfants et la création d'un service public ménager qui transformerait en emploi les tâches domestiques. De même, nous devons nous battre pour une diminution du temps de travail sans diminution des salaires et avec embauches compensatoires ce qui est un premier pas dans la lutte contre le chômage. L’indépendance économique étant la meilleure protection contre la violence envers les femmes, nous devons également nous battre pour des logements abordables, un emploi décent pour tous, ou encore des services publics de qualité accessibles à tous ! Seuls des investissements sur tous ces terrains peuvent protéger les femmes. Cependant, il faut être conscient que seul un système géré collectivement en fonction des besoins de tous et non plus des profits d'une minorité, permettrait des investissements durables dans tous ces secteurs. C'est pourquoi la lutte contre le sexisme est si inextricablement liée à la lutte pour le socialisme !
 C lara Zetkin (1857-1933)
Militante socialiste allemande. Elle se distingue dans un discours en 1889 où elle explique que le socialisme ne peut exister sans les femmes et que la lutte pour leurs droits fait partie de la lutte des classes. Elle crée un mouvement international socialiste des femmes pour influencer les partis socialistes et permettre aux femmes de s'organiser ensemble pour lutter pour leurs droits. Le journal die Gleichheit (L'égalité), qu'elle dirige alors, devient l'organe central de ce mouvement. C'est suite à son appel que la Conférence Internationale des Femmes de 1910 décide d'instaurer la première Journée Internationale des Femmes pour servir la propagande sur le vote des femmes qui ne fait alors pas l'unanimité au sein même des partis socialistes. En 1919, Clara joue un rôle important dans la création de la Troisième Internationale mais elle en est écartée par l'arrivée au pouvoir de Staline. En 1932, députée communiste, elle lance un vibrant appel contre le nazisme dans un Reichtag (parlement) où dominent les chemises brunes. C'est sa dernière manifestation publique. Elle meurt l'année suivante. Ses convictions lui ont survécu comme sa conception du couple au sein duquel les partenaires doivent être égaux ou l'idée que le travail des femmes est le seul moyen pour elles d’accéder à l’autonomie. Il nous reste de Clara l'édifiante correspondance qu'elle a entretenue avec Lénine dans laquelle ils débattent de la place des femmes dans une organisation révolutionnaire et qui a encore tout son intérêt. Aujourd'hui encore, son combat principal n'a pas abouti, celui d'une véritable internationale ouvrière des femmes qui se battrait pour leurs droits et pour le socialisme ! |