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27-05-2010

L’Espagne frappée par la crise !

     Citée en exemple au sein de l’UE pendant plusieurs années pour sa croissance et son développement économique, l’Espagne se retrouve aujourd’hui touchée de plein fouet par la crise. Sa croissance est passée de +4% en 2006 à  -4% en 2009. Avec 11,2% de déficit budgétaire, le gouvernement Zapatero élimine progressivement les quelques mesures sociales qui ont été prises durant le dernier mandat (chèque bébé de 1500 euroe, remise fiscale de 400 euros…) et s’apprête à mettre en place un véritable plan d’austérité contre la classe ouvrière espagnole. 
Une économie fondée sur l’immobilier

 Par Lise de Luca

     Le grand problème de l’économie espagnole n’est pas l’endettement public, les finances ne sont pas en plus mauvais état qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis, mais l’énorme dette extérieure privée accumulée par le système bancaire espagnol afin de financer la forte spéculation immobilière qui a eu lieu ces dernières années. Julio Rodriguez, ancien présidant de la Banque hypothécaire d’Espagne explique que les banques espagnoles ont un excès de crédit à l’immobilier qui a été financé en empruntant à l’étranger. L’Espagne est un pays qui a fondé une grande part de son économie dans le secteur de la construction. En 2006, le nombre de logements construits en Espagne était supérieur à celui de la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne réunis. Le patrimoine immobilier constitue 57% de la richesse des espagnols

     Lorsque la crise éclate en 2007 le pays subit en même temps un arrêt brutal du secteur BTP. Après l’explosion de la bulle spéculative immobilière, des groupes très importants comme Polaris world, Martinsa ont fait des banqueroutes fracassantes. A l’heure actuelle, 1 million de logements en vente ne trouvent pas d’acquéreurs. Les agences immobilières proposent deux maisons pour le prix d’une. Le quotidien «el Economiste» indique que des banques proposent des prêts immobiliers sans intérêt ou sur une période de 50 ans.

     Beaucoup d’emprunts ont été souscrits à l’étranger pour investir dans l’immobilier mais aujourd’hui ils se retrouvent impossibles à récupérer. Il y a donc une double pression sur le système financier, celle de la dette extérieure et celle des impayés des entreprises, des promoteurs immobiliers et des ménages.

Les conséquences sociales de la crise

     En 2007, la dette ne représentait que 36.2% du PIB. Elle s’est envolée à plus de 60% en 2010 et devrait filer jusqu’à 73% en 2012 selon les prévisions du gouvernement. Dans le même temps, le chômage n’a pas cessé de croître, pour atteindre aujourd’hui 4 millions de chômeurs (20% ) et frappe surtout la jeunesse avec 43% de chômeurs chez les jeunes de 16 à 25 ans. Le gouvernement met en place un plan d’austérité pour limiter les dettes : augmentation des impôts, blocage des embauches dans la fonction publique, privatisations…

     Zapatero a également annoncé sa volonté de reculer l’âge légal de départ en retraite de 65 à 67 ans. Dans le quotidien «El pais», un sondage dit que 84% des espagnols s’insurgent contre cette augmentation. Pour la première fois depuis l’arrivée de Zapatero au pouvoir, deux syndicats ont appelé à une mobilisation contre sa politique sur la question des retraites. Les manifestations ont rassemblé 60 000 personnes à Madrid et d’autres manifestations ont eu lieu dans d’autres villes notamment à Barcelone , Valence…

La droite se renforce

     Le gouvernement Zapatero a montré son incapacité à lutter contre la crise car il œuvre toujours dans les limites du capitalisme. N’apportant aucune réponse face aux dégradations de vie et de travail de la population espagnole, il subit un net recul dans les sondages et se voit devancer par la droite de 4 points. On assiste également à une montée de la propagande raciste avec la mise en place de mesures pour réduire les droits des étrangers. Le PP (Partido Popular) principal parti de l’opposition de droite espère avec un discours raciste et nationaliste gagner du terrain et élargir son audience au sein de la classe ouvrière espagnole. Il pourrait bien y parvenir si aucune véritable opposition politique ne peut  avancer une alternative politique à Zapatero, sortant du  cadre du capitalisme.

     Un véritable parti des travailleurs, indépendant des partis bourgeois est nécessaire pour organiser massivement les travailleurs, les jeunes, les chômeurs et défendre la perspective d’un système répondant aux besoins de toute la population où l’économie serait planifiée et contrôlée démocratiquement par les travailleurs. Le CIO, se bat pour construire en Espagne les forces politiques marxistes et socialistes capables de lutter pour le renversement du capitalisme et la transformation fondamentale de la société en une société socialiste.

L'Egalité n°142 (mars-avril 2010) 

 
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